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Références:

Elliot Sharp "Sferics"

Elliott Sharp: Guitare, Strings, Clarinette (Solo)
"Dedicated to Sonny Sharrock."

Réf. Médiathèque: US2962


* Ecouter:

Bannal "Waulking Songs"

Réf. Médiathèque: MQ5327
Réf. Commerciale: Greentax Compact CDTrax099



Sommaire du numéro 22: en bas de page

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Sharp-le-feutre


... brouille les repères, s'en va vers tout autre chose. Il ne célèbre pas une image de Sharrock qui serait en train de s'installer dans l'histoire, il ne crée pas un statut historique pour Sonny Sharrock [il ne postule pas une génialité hendrixienne de Sharrock, par exemple, qu'il pourrait alors revendiquer ensuite selon les effets classiques de la filiation], il nous parle d'une perception très personnelle de la musique de Sharrock, il traite d'une expérience très originale qui s'est établie entre lui et la musique de Sharrock. Toutes les idées que Sonny Sharrock a stimulées en lui. Et c'est une constante chez Sharp: à part une parenthèse ou l'autre, comme Terraplane où il joue du blues presque conventionnellement, Sharp torpille les références qu'il rencontre sur son passage. Ce qui compte n'est pas: "voyez comme je sais placer mes références", mais "voilà ce que je pense, ce que je tente, à partir de telle ou telle référence". Par exemple, le quatuor à cordes: il s'en empare mais se garde d'en user comme d'une formule prestigieuse. Jamais le quatuor à cordes n'aura été autant dénaturé, défiguré, tellement éreinté en une surface de griffures qu'il en redevient presque lisse, libéré ["Hammer, Anvil, Stirrup", avec le Soldier String Quartet].

L'instrument, ses territoires

Il en est de la technologie comme des références. Là où le plus souvent on reprend à son compte des formes et des technologies, pour les utiliser à son profit certes, mais en même temps les continuer, les perpétuer, les prolonger, Sharp repense tout ce qu'il empoigne, et le transforme profondément. Il ne sert pas la technologie, il s'en sert, il la repense, la réinvente, en fonction de ses besoins. C'est dur à suivre. Il a commencé de suite avec l'instrument: il a entièrement modifié la guitare électrique, sa technique, son ergonomie, ses prothèses électroniques. Pas pour rivaliser dans la course à la virtuosité "normée", instituée, référentielle, mais pour se doter d'un instrument adapté à ses problématiques d'expression. C'est-à-dire pour poser d'autres problématiques. Forger ses propres problèmes, un questionnement personnel. L'orthodoxie dans l'usage des techniques et technologies, leur respect, entraîne que l'on se confronte à des problèmes "normés", standardisés, hiérarchisés, préétablis [comme la possibilité de questionner un ordinateur ne vous laisse aucune liberté]. C'est comme la technique de l'interview qui ramène toujours les mêmes types de question, il y a toute une pratique de la technologie qui instaure une grille normative de problèmes à surmonter. Sharp a fait de sa guitare un instrument de pensée, d'introspection, une machine à penser des problèmes inédits, qui rompt avec l'image de la guitare extravertie, au manche érigé qui enfile les difficultés "stylistiques". Le manche est ici une ligne de flottaison avec laquelle joue tout son corps, pour dégager des tensions. Sa guitare est toute entière profilée en ligne de fuite...

Technologies sharpiennes, ses concepts

Quand j'essaye de me représenter la structure de cette musique, je "vois" toujours à l'oeuvre quelques machines imaginaires, dont les technologies engendrent du mouvement. Ce n'est pas une musique à prendre comme un produit obtenu après transformation de diverses matières d'expression, mais comme un espace où Sharp agence des transformateurs permanents de l'expression, la sienne, et la mienne que j'essaie d'élaborer à partir de la sienne. D'abord, cette musique compose avec le vent. Et Sharp construit sa musique comme des moulins qui brassent l'air, désorganisent le paysage de leurs tourbillons, projettent leurs ombres de "géants". Ca souffle. Ca tourne et ça moud. Une puissante meule, actionnée par une motricité aérienne, réduit en farine les épis-segments qui organisent le champ musical [son cadre référentiel, ses moissons de "valeurs"]. Tous les repères disparaissent sous une pluie de cendre grise, une farine, où Sharp laisse des empreintes sans direction: on découvre toujours la piste qu'il laisse par le milieu, faut-il suivre les pas pour savoir où ils mènent, faut-il remonter vers leur origine, faut-il attendre qu'il repasse? Sa musique m'évoque souvent aussi régulièrement la solitude-altitude des clochers, avec le mouvement pendulaire des cloches qui mettent en branle le vertige, les carillons dont la musique [ritournelle de géant?] se jette directement dans le vide. Comme des bulles de sons qui éclatent au bout de leur résonance. Il y a cette navigation aérienne, aléatoire, multiple, dans sa musique. Et puis surtout, ce maître sonneur, connaît l'art du tocsin, des cloches à pleines volées. Le tocsin [titre d'un de ses albums] consiste à communiquer un état d'alarme généralisé, on fuit sans bagage, une panique totale qui révèle in extremis au corps les techniques de la métamorphose. Le prédateur, dont le tocsin signale la présence, ne peut viser que des formes identifiées, localisées, homogènes. Pour lui échapper, il faut être mobile, se transformer, se couler [au sens métallurgique] dans un mental nomade. La musique de Sharp est faite de métamorphoses [elle est comme le personnage de ces chansons traditionnelles dites de "métamorphoses" qui change sans cesse de corps -animal, objet pour mieux approcher son désir]. Enfin, c'est une musique métallurgique, mais avec peu d'affinités avec le courant industriel des paysages sidérurgiques contemporains. Ici, c'est une métallurgie légère, de terrain, une métallurgie de neurones, qui recycle, adapte les vieilles armes, les vieux outils, en fonction des nouveaux accidents, nouveaux adversaires. Métallurgie dit technique du feu: sa musique est traversée par cette quête obsessionnelle de combustibles, l'entretien du feu est une préoccupation permanente [il faut être coincé dans une maison en panne de chaudière, en plein hiver sibérien, pour savoir à quel point 'faire du feu", entretenir une combustion domestique de fortune, vous transit entièrement l'esprit, ne le paralyse pas, mais le transit dans toutes ses activités, exalte une ligne de fuite inflammable]. Une musique de haute température, comme une coulée nerveuse que les doigts [quelle technique de doigts!] battent à chaud, pour modeler, forger de nouvelles intensités, de nouvelles connexions, produire de l'inconscient...

Les micro-écailles de la musique

Par rapport à certaines musiques électroniques qui se réclament de Deleuze, il y a chez Sharp des choses qui, formellement, leur ressemblent: de larges harmoniques titubantes, ébranlées, dépiautées, qui s'étirent comme à l'infini. Mais au ...
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Disco Graphie - n22 Disco Graphie n°22
Autour de Gilles Deleuze

Sommaire: Introduction: Philosophe Appliqué - Pierre Hemptinne. Déclarations filiales [Deux labels se revendiquent deleuziens, extraits de discours: Mille Plateaux, Sub Rosa]. Repères discographies: Mille Plateaux, Sub Rosa. La musique de Deleuze-Guattari [citations, comment ils abordaient les phénomènes musicaux: problèmes de consistance, fascisme potentiel de la musique, usage des ritournelles]. Tricky-Simple-flic - Pierre Hemptinne. Le plaisir: quels enjeux? - Luc Lebrun. Sharp-le-feutre - Pierre Hemptinne. Rhizome discographique sharpien - P.H. Matière, matériau, matérialisme musical - Luc Lebrun. Confrontation discographique: Madame Tasco - Luc Lebrun. Chemical Critic - Pierre Hemptinne. Fiction & Friction, à propos de Deleuze et de la musique Ambient - Alberto Nogueira. Quelques définitions: deux sens opposés de la friction-distance, rhizome, pragmatographie, savantisation - A.N. Bibliographie. La comptine/ritournelle: Pique [Roof "The Untraceable Cigar"] - nique [à propos d'une soirée techno] - douille [John Lee Hooker, l'exemplaire du bluesman le plus médiatiquement biographiable], c'est toi l'andouille [le mensuel rock L'Indic] - Pierre Hemptinne.

Disco Graphie: "une revue complexe, sérieuse, anti-fun, sur les nouvelles musiques!"

Juin 1997. 50 FB / 10 FF

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