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Chroniques comparées
"The Sign of 4"
Pierre Hemptinne
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"When you have eliminated the impossible, whatever remains, however improbable, must be the truth." Sherlock Holmes, in Sir Arthur Conan Doyle's The Sign of Four.
L'engagement de Pat Metheny ["l'une des rares 'pop star' du jazz" — Libération] fait que ce CD n'échappe pratiquement à aucun chroniqueur spécialisé. L' article de Libération passe d'ailleurs beaucoup de temps à célébrer, l'aptitude de Metheny à "brouiller les pistes" dès qu'il est "livré à lui-même" [Metheny a déjà plus d'une fois surpris ses fans, en changeant de registre: Song X, Zero Tolerance for silence,...]. II le fait du moins assez régulièrement pour que ça signifie un réel besoin intermittent de sortir de sa musique faite pour "remplir les stades". De là à conclure qu'il adresse un "bras d'honneur au système" [Jazz Magazine], c'est peut-être vite jouer de la dialectique dans/hors du système. En mettant l'accent sur le courage de Metheny — qui consiste à rompre des habitudes, à descendre dans l'arène de l'expérimentation, lui qui n'a plus grand chose à prouver —, on ne dit rien de fondamentalement erroné, mais on fausse la réalité: si Metheny peut "sortir" du système, déjouer son image de "suppôt des grandes compagnies phonographiques", c'est que des musiciens [comme Derek Bailey] travaillent en permanence "hors" du système, entretiennent et le champ libre de l'aventure sonore et la présence d'un public intéressé par cette aventure continue. Quant à la musique qui remplit ces trois CD, pour Libération elle est "excessive, effervescente, fait penser à un brasier". Il y a de ça, mais avouons que cette caractérisation est un peu globalisante. Beaucoup de nuances sont passées sous silence, une complexité des risques tentés par les musiciens n'est absolument pas prise en compte et surtout pas exposée pour indiquer à l'auditeur potentiel des raisons d'investir dans l'écoute approfondie de cette musique.
La chronique de Jazz Magazine donne mieux l'impression que les 3 CD ont été écoutés [!], en donnant quelques appréciations "objectives" quant aux diversités de tons repérables sur chacun des CD, avec ce verdict final en forme de dérobade: "... cette rencontre de poids lourds est comme la vie: parfois terriblement ennuyeuse, parfois terriblement excitante".
La chronique de Jazzman s'empare de la position inhabituelle de Metheny pour discréditer complètement l'entreprise: "Arnaque de première!... Périodiquement, comme d'autres vont faire leur cure de thalasso et perdre leur surcharge pondérale, Pat Metheny se donne un frisson de marginalité expérimentale:' Pour Jazzman il n'y aurait donc rien de crédible dans cette démarche d'un musicien commercial se plongeant dans une expérience "non commerciale", cela ne concerne pas l'expression mais les "conseillers en communication"! Malheureusement, l'argumentation est faible, qui pourrait étayer cette approche, bien plus, elle se résume en quelques formules à l'emporte pièces, du genre " Il y a aujourd'hui mille fois plus de créativité dans la scène trash et hardcore...", formule qui peut, selon l'humeur et la circonstance, se retourner et rester tout aussi péremptoire.
Peut-être que 3 CD d'une telle nature controversante — et sujette à controverse — mériteraient plus d'attention, plus d'écoute, plus de place. Une fois de plus on s'attache à émettre un jugement sur un produit final et donc, une fois de plus, à rendre plausible, et facilement compréhensible, une consigne de consommation. Il n'y a peut-être pas de "produit fini" dans un cas semblable et par conséquent, adopter une consigne de consommation doit être très malaisé. Il s'agit de quelque chose d'ouvert, comme en train de se faire, et il faudrait en parler en conséquence. Le terrain est clairement délimité par les trois chroniqueurs: celui de l'expérimentation, du non-commercial... Je ne pense pas, personnellement, que Pat Metheny soit téléguidé uniquement par des "conseillers en communication". Mais il est très intéressant d'examiner comment il se comporte sur un terrain qui lui est, tout de même, un peu étranger, quelle approche, lui la "pop-star" du jazz, développe de cette liberté sonore. Et il me semble qu'il importe dans le monde "expérimental", en les exploitant dans une sorte d'excès défoulant, pas mal de traits forgés, de codes au service du système. Comme si, même dans l'excès, sa nature la plus courante parlait toujours [par "nature" je pense à toutes sortes de réflexes, de conditionnements qui doivent lui venir de jouer principalement dans un rôle de "pop-star" où il intègre toutes les attentes que le marché et les publics investissent dans ce genre de musicien-vedette]. Je pense par exemple à un côté beaucoup plus démonstratif, une surenchère sonore plus "chic", un étalage technique plus voyant, une virtuosité plus "sensationnelle" que Derek Bailey. Comme s'il accentuait l'esthétique "prise de risque" qu'il est en train de pratiquer, ce qui correspond à la recherche du "frisson expérimental", mais à mon avis il faut considérer cet aspect sans lui ajouter de valeurs péjoratives, il y a des "enseignements" à en tirer, qui concernent le fonctionnement des codes expressifs, et qui ne peuvent l'être que parce que Metheny accepte de jouer de cette manière: sa part de risques est importante. Metheny se démène pour se défaire de tous les codes d'autorité, ceux du commerce, qui lui collent à la peau. A tel point qu'il reste beaucoup plus "autoritaire". Il me semble qu'il joue toujours avec une arrière-pensée de rivalité, comme s'il était engagé dans une joute où il convient d'instaurer un "leadership" de l'occupation sonore, de la trouvaille technique, de la "pratique de la surprise" [dans le sens où il chercherait à surprendre l'autre]. Même ici, finalement, il est "dans" le système. Expliquer pourquoi ce devrait le rôle des spécialistes et je n'en suis pas un serait plus enrichissant que le condamner de "sortir de son rang".
D'autre part, il me paraît exagéré de dire que Derek Bailey ne se sent " pas concerné"! Pourquoi il serait là? C'est sans doute autre chose qui se passe qui n'a pas grand chose à voir avec la qualité que l'on pourrait attribuer à la prestation de Derek Bailey par rapport à quelques précédents Ce qui compte n'est pas d'évaluer l'excellence d'un musicien au regard de ce qu'il a déjà fait [sa capacité à reproduire ses ... |
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