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Un texte de Günter Müller
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For4Ears records est un label qui met l'accent sur la musique improvisée avec, souvent, l'utilisation de dispositifs électroniques dans des formations peu conventionnelles.
L'idée de départ du label est de rester totalement indépendant, de pouvoir décider des productions et de la façon de les réaliser. Ces huit premières années d'existence me prouvent que cela valait la peine.
Depuis ses débuts, For4Ears est considéré comme une plate-forme pour des musiciens avec qui j'ai pu travailler, régulièrement ou pas. Ils produisent eux-mêmes leurs disques qui ensuite leurs appartiennent, ainsi que les droits de diffusion. Après 24 productions, la personnalité du label s'est bien dessinée et j'ai réussi à garder une certaine cohérence, ce qui me paraît essentiel pour un label dirigé par une seule personne. Les musiciens s'identifient d'une manière très forte à leurs disques et tout le monde semble donc satisfait de ce système.
Si on veut on peut, à travers toutes ces productions, distinguer plusieurs sous-groupes. Dans le premier, les dispositifs électroniques jouent un rôle important, dans le second, il s'agit de formations, sans batteurs [voir des disques d'ensembles à cordes], dans le troisième, on trouve les enregistrements live, et enfin la collection "selected soundscapes" où les musiciens jouent dans différents lieux reliés par diverses technologies de télécommunication.
"Table chair and hatstand" est très caractéristique du label For4Ears, et aussi de mes idées musicales. La musique est totalement improvisée, avec ces instruments très particuliers que sont les cracked everyday electronics ["les électroniques fêlés du quotidien"] de Voice Crack, le piano préparé de Jim O'Rourke et a batterie amplifiée. Une recherche permanente de nouveaux sons et d'images sonores. A l'écoute de cette musique, après l'avoir jouée, je la considère moins comme un parcours linéaire que comme un plan ou un espace où nous nous déplaçons, en avant, en arrière, pour y effectuer des constructions. Pour moi, cette manière de comprendre et de faire la musique est très visuelle, très sculpturale. Bien sûr, je travaille aussi avec des rythmes, mais plus comme des moments de structures répétitives à côté de couleurs, comme les parties d'un puzzle. Il y a plusieurs musiciens avec qui je travaille, comme Christian Marclay, Carlos Zingaro, Voice Crack, Keith Rowe, qui viennent également des arts visuels. J'ai moi-même étudié à l'école des beaux-arts.
Ce sont surtout les technologies que l'on nomme "live electronics" qui m'intéressent. Cela a modifié ma manière d'écouter et donc les conditions de l'improvisation. Dans une quête permanente de sons nouveaux, je modifie les sons acoustiques de ma batterie avec des outils électroniques. Je n'utilise jamais d'échantillons préparés, je les crée au moment de l'improvisation, je les crée avec les gestes d'un batteur. Ce qui m'intéresse, c'est le "live electronic" vivant. Par exemple, â la place des baguettes, j'utilise des casques comme microphones [précision: un haut-parleur est un microphone et vice-versa] pour frapper les peaux et les métaux. En variant la distance entre ce microphone et la source acoustique, je peux modifier le son. Le microphone est utilisé comme une loupe. De plus, je peux créer des boucles et des collages avec mes deux pédales de delays, ce qui est toujours une aventure, car il n'y pas de contrôle total. J'aime beaucoup ce détail!
Un autre aspect des nouvelles technologies qui m'intéresse, c'est le travail de postproduction avec l'ordinateur. Grâce aux nombreuses possibilités offertes, je peux faire beaucoup de choses moi-même. Je n' ai plus de limites de temps dans mon studio, je peux travailler sur un, projet, chez moi, jusqu'à en être totalement satisfait; Et évidemment, c'est aussi une économie d'argent importante, chose capitale pour un label non subventionné.
J'aime aussi cette possibilité d'échange permise par l'ordinateur et son standard. On peut travailler à plusieurs sur le montage et le mixage, sans être ensemble. Par exemple, pour le duo avec Christian Marclay, j'ai travaillé chez moi, en Suisse, et lui â New York. Nous nous sommes échangés les enregistrements sur DAT pour continuer les montages. Pour "Table chair and hatstand", Jim a fait plusieurs variations de mixage de mêmes séquences. Il m'a envoyé une DAT et j'ai fait le montage. Le processus musical collectif est donc toujours possible.
Les projets à venir: â la fin de l'année, un deuxième disque en duo avec Jim O'Rourke, un disque de Hermann Bühler avec Fredy Studer et Bonnie Barnett. Ensuite, Fredy Studer va commencer à produire une série de duos, sur plusieurs années. Le premier sera avec Robin Schulkowsky. Au printemps, nous ferons deux disques d'un projet initié l'année dernière par Hans Koch, "les projections sonores", où une douzaine de musiciens suisses a travaillé quelques jours sur une pièce de Jim O'Rourke et sur une production de Butch Morris. Puis je travaillerai sur un enregistrement en trio avec Hans Burgener et Richard Teitelbaum, et au printemps, un trio live avec Michel Doneda et Fabrice Charles. Je vais aussi faire des concerts avec Matt Wand de Stock, Hausen & Walkman, avec Nachtluft, avec la Cellule d'Intervention Metamkine + Voice
Crack et avec Plugged in Zeit Réel, un merveilleux quartet avec Lê Quan Ninh, J.A. Deane et Jim O'Rourke...
[merci à Barbara et a Jérôme pour m'avoir aidé avec le français]
Günter Müller
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