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Consommation et démocratie
Alberto Velho Nogueira
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On ne peut parler de démocratisation de la culture qu'à partir du moment où les habitants ont compris d'où viennent les objets culturels ou les concepts et les principes qui les forment. Si les habitants ne comprennent pas d'où et comment les choses se sont développées, il n'y aura pas de possibilité de démocratisation. Il s'agira toujours de massification, toute classe confondue. En outre, si les habitants n'ont pas accès aux objets ou concepts artistiques, les systèmes de reproduction (dans notre cas, le système de reproduction sonore) ne font que simplifier les concepts et vulgariser le vulgarisable. La captation de l'absence de concepts par intermédiaire des Ersätze ne sera qu'une démonstration de la différence entre ceux qui possèdent les capacités pour comprendre les concepts et ceux qui se sauront que consommer des produits.
La consommation musicale n'est pas en rapport avec les besoins de connaissance musicale, strictement parlant. Elle peut être le fait de quelqu'un qui ne connaît et ne peut rien connaître de la musique. La production vers la consommation musicale comme condition unique est une réalité avec des caractéristiques institutionnelles spécifiques, dans le sens administratif et social, qui sont celles de dominer, d'humilier et de mépriser. Dans ce sens, les objets d'expression fabriqués directement pour la vente en masse, pour les habitants, quels qu'ils soient et où qu'ils se trouvent, sont des objets chargés de concepts administratifs qui vont uniquement de l'emprisonnement du sujet jusqu'à la construction d'une psychologie de dépendance. C'est pour cela que Adorno disait que certaines musiques sont idéologie, bien qu'il l'ait dit surtout en rapport à ce qu'il appelait "les musiques légères", concept aujourd'hui obsolète (et sans doute déjà à l'époque) comme défini par Adorno. ("Introduction à la Sociologie de la Musique", Contrechamps Editions, édition de 1994; l'a édition allemande est de 1962).
La consommation de masse correspond à un travail fait uniquement sur les forces acheteuses et désireuses d'auto-limitation d'elles-mêmes. La manipulation n'est pas loin; elle signifie la liaison des "faibles", toute classe confondue, aux marchandises sans autres discours que les discours administratifs de limitation, aux objets qui détournent l'attention du consommateur vers l'inexistant le plus proche de la vie inexistante de l'individu appartenant à la globalité. L'un va avec l'autre, l'un est fait pour l'autre. L'inexistant est l'unique partie visible de ce que l'on devrait être en droit de demander aux objets d'expression.
Une autre question nous fait aborder la problématique du rapport entre les traditionnelles classes sociales et les divers types de musique. Si, pendant longtemps, les musiques savantes ont fait figure de modèle d'analyse de ce qu'il fallait considérer comme "les musiques les plus hautes", "les musiques supérieures", ce mode de voir les relations entre expressions et populations n'a plus de raison d'être. Elle n'en a jamais eu, d'ailleurs. Le fait que les musiques classiques se présentaient plus complexes ou plus complexifiées ne veut, de toute façon, plus rien dire, aujourd'hui, dans la mesure où les musiques se complexifient - toutes - et où les régimes de connaissance des musiques n'ont plus le même rapport aux connaissances que les classes sociales exprimaient, par rapport aux besoins de musique, ni à la façon dont les classes riches ou bourgeoises envisageaient le rapport aux musiques savantes pendant l'époque de l'esthétisation jusqu'à nos jours.
La démocratisation des phénomènes musicaux peut alors apparaître plutôt dans ce droit à la complexification généralisée et donc à la nécessité de la compréhension des concepts liés aux expressions les plus actuelles, à pouvoir suivre le comportement de toutes les musiques, de la plus traditionnelle à la plus populaire. Et ce dans le rapport de connaissance que les habitants doivent avoir avec leurs propres expressions traditionnelles, quand elles continuent d'exister, ou avec les musiques savantes, alors non pas pratiquées par les individus en soi - les amateurs de salon d'autre temps -, sauf exception, mais par les musiciens professionnels. Les habitants peuvent donc avoir accès aux musiques savantes, car elles le sont toutes, ou commencent à l'être.
Pour avoir accès à cette culture musicale, les difficultés ne sont pas réduites. Les habitants sont alors appelés à un travail de profondeur que les médias et les marchés ne favorisent pas toujours, ou jamais, car leur fonction n'est pas celle d'ouvrir aux connaissances. Une importante partie de ce qui est diffusé représente les critères de fabrication inéluctable de la musique pour le "grand public", sans que l'on fasse l'examen de ce que cela veut dire: "Grand public" signifiera la consommation la plus vaste pratiquée par des publics amorphes capables de l'achat simultané de la même production en Algérie, au Brésil, en Thaïlande, en Ouzbequistan, etc. Il s'agit, dans ce cas, de la capacité non pas d'acheter de l'expression, et de suivre la complexification des expressions, mais de la capacité d'expansion d'une idée musicale commerciale.
Ceci étant dit, les classes consommatrices n'ont plus la configuration des classes et des marchés pendant le XVIIIe ou le XIXe siècles, ou même le XXe. Nous avons assisté à une transformation sociale de l'ignorance musicale (ou de la connaissance).
La musique étant une expression et un appareil de lecture très lié à l'inconscient, on peut dire que la nature des musiques a, de toute façon, fondé un fond culturel "aspiré" par les habitants d'une région selon les critères vastes de la connaissance immédiate des musiques. Les habitants ont un fond sonore dans le corps, sans savoir gérer ce corps et cet appareil. La difficulté est celle de savoir ce qui se passe, de la manière la plus consciente, car la conscience alimente le débat démocratique d'une manière plus conforme aux besoins de la démocratie elle-même. L'ignorance musicale est, non pas celle des classes pauvres, mais de l'appauvrissement général des populations qui avaient une liaison, soit traditionnelle (comme on dit) et populaire avec le réseau musical rural ou en voie d'urbanisation et de catalogisation, soit savante ou de salon, selon la fréquentation des endroits d'exécution des musiques savantes. Le "complexe de l'ignorance" n'est pas en rapport direct avec les classes pauvres mais avec toute classe sociale qui n'ait plus un rapport de connaissance avec ... |
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