Powered by Ultralingua
petit éditorial web
sommaire du n° 26
numéros précédents
impromptus
notes d'écoute
playlists

Jean Derôme et les Dangereux Zhoms "Torticolis" Illustration: Fred Deltendre
Jean Derôme et les Dangereux Zhoms "Torticolis"
Référence Médiathèque: UD4517
Illustration: Fred Deltendre

Sommaire du numéro 26: en bas de page

Sommaire des numéros précédents:

Disco Graphie n°1, n°2 - n°5, n°6 - n°9, n°10 - n°13, n°14 - 17, n°18 - 21, n°22 - 25
Les lieux du crime, éditorial


Pierre Hemptinne

Les lieux du crime sont ces lieux de l'information qui collaborent aux idées dominantes. Sur le terrain de l'information sur les expressions musicales, ce sont les lieux de l'information qui, selon une "série d'effets stratégiques pour l'essentiel non voulus et semi-inconscients" (Pierre Bourdieu), taisent donc tuent une grande quantité d'événements musicaux. Les lieux de l'information (journaux quotidiens, magazines, radios, télévisions, organisateurs de concerts, institutions culturelles…) n'accomplissent pas objectivement le travail d'informer les citoyens sur ce que sont les expressions musicales. Ils choisissent, mettent l'accent sur certaines musiques qui, comme par hasard, sont souvent des musiques qui vendent beaucoup (quel est alors l'autonomie du choix ?). Mais qui ne vendent pas toutes seules. Qui vendent grâce à la publicité. Les lieux du crime sont ces lieux où, au niveau de la société, toute l'information passe dans le corps publicitaire. Escamotage "stratégique et semi-inconscient". Le crime, c'est de contribuer à couper de plus en plus les publics des expressions les plus progressistes, les plus critiques, les plus "en questionnement" sur le social. Le crime, c'est de couper de plus en plus les auteurs progressistes, critiques, expérimentateurs, de leur public potentiel. Le crime, c'est de participer à une société de moins en moins capable d'affronter les expressions qui font débat. Et ce sont des crimes presque parfaits : la victime est quasiment impalpable, quasi hypothétique. Facilement qualifiable d'idéologique, vous pensez ! Et le coupable est sans visage. Pas de nom, pas d'individualité. Juste "la logique de l'orchestration spontanée des pratiques" impulsée par les forces dominantes du marché. Les coupables sont des entités juridiques, des associations, des organes socio-économiques… C'est très abstrait.

Dans un supplément des Inrockuptibles, "Chroniques lycéennes, 6000 élèves se lancent dans la critique musicale", se trouve un texte de Stéphane Davet (journaliste au Monde) présenté comme une présentation des "fondements du métier de critique musical".

En voici un extrait qui en dit long sur la perspective de ce métier et ses objectifs. "Les velléités de rencontres en amont, de sujets décalés par rapport à une commercialisation, se heurtent de plus en plus souvent aux exigences du marketing." La fenêtre pour effectuer son travail librement est étroite. Les marges de manœuvre semblent réduites, très réduites parce que l'on évoque même pas une information en opposition, à contre courant ! Un travail "en amont", un "sujet décalé", ça suffit pour se heurter aux exigences du marketing. De cette entrave à l'exercice libre d'informer sur les musiques, quel conseil est alors donné aux jeunes qui seraient tentés par la carrière ? "D'où l'intérêt de se construire, au fil des ans, un carnet d'adresses permettant de contourner les 'employeurs' des artistes -leurs maisons de disques- pour les contacter en direct et leur présenter des projets d'articles qui ne leur parviendraient jamais autrement. Ainsi, le meilleur moyen de se soustraire à ces contraintes et de garder un peu de liberté journalistique est encore de nouer des liens avec des artistes à l'aube de leur carrière." Le conseil aux jeunes se veut réalistes, se plaçant concrètement dans l'optique d'une réussite dans le métier, une réussite forcément soumise aux règles dominantes de ce marché de la critique musicale, les règles du marketing. Conseils cyniques donc. Car les jeunes ne sont pas orientés vers la quantité impressionnante d'artistes indépendants qui ne sont pas soumis à ces règles du marketing. Il leur est conseillé ni plus ni moins de détecter le plus tôt possible les artistes qui deviendront significatifs sur le marché dominant, de se créer des relations personnelles. Ce qui, le moment venu (l'artiste reconnu et bien coté sur le marché) , lui permettra d'être en bonne position sur le marché de l'information musicale : par ses accointances, il pourra fournir un produit "informationnel" performant face à la concurrence. Tout en satisfaisant le besoin d'éprouver un peu de "liberté journalistique". L'objectif réaliste signale bien que c'est tout ce que l'on peut préserver : "un peu de liberté journalistique". Que ce soit dans la recherche d'artistes pas encore connus, ou dans la manière de placer son article, les contraintes du marketing, du marché et de la marchandisation des expressions et de l'information sur les expressions semblent bien admises, intégrées. Il n'est même plus envisagé de s'en passer. De proposer autre chose. Autre chose ? Ce serait le fanzine, juste bon à tester sa passion, sa vocation. Et rien d'autre. Voilà donc, un lieu du crime, cet article de Stephane Davet.

Quoi faire à propos de ces lieux du crime ? Que propose-t-on ?

- Chaque fois que possible, les signaler. Les identifier. En entourer le périmètre et y conduire, autant que faire se peut, des investigations. Petit à petit faire ressortir les logiques de champ, mettre le doigt sur les mots d'ordre de la marchandisation quand ils affleurent dans les effets stratégiques semi-inconscients des agents du crime !

- Le plus possible citer les musiques oubliées ! Leur consacrer quelques mots, qu'elles soient, quelque part au moins, sorties de l'anonymat. Considérées (en manifestant des signes d'écoutes). Ce sont, par exemple, les "notes d'écoute" de notre site.

- Ouvrir chaque fois que possible le débat sur une professionnalisation du métier d'informer sur les expressions (musicales ou autres). Une professionnalisation qui passe par une auto-socio-analyse afin d'être conscient du maillon que l'on est au cœur des systèmes d'imposition des goûts et des couleurs. Conscience qui devrait permettre de sortir des agissements stratégiques semi-inconscients qui vont toujours dans le sens dominant du champ où l'on agit.


Pierre Hemptinne
Page 1 / 1
Disco Graphie - n26 Disco Graphie n°26
Les lieux du crime

"SOMMAIRE IN PROGRESS"

Sommaire : Editorial - Pierre Hemptinne. Ce que l'on écoute - Alberto Nogueira (A suivre...) Consommation et démocratie - Alberto Nogueira (A suivre...) Lieux du crime: quelle prévention? Par exemple: en parler dans les écoles artistiques! - Pierre Hemptinne. "Seule dans les chants". Un CD solo de Joane Hétu, saxophone alto, voix, paroles et musique. - Pierre Hemptinne. Discographie de Joane Hétu Expression singulière et monde commun (Sur le saxophone solo) - Luc Lebrun Le bruit du monde - Luc Lebrun

Disco Graphie: "La revue Anti-fun".

Août 2002.

moteur de recherche
Pour une recherche simple parmi les textes publiés sur ce site (pour une recherche sur plusieurs mots, séparer par un espace ou une virgule)

Limiter la recherche aux mots entiers:
mailing list
Pour être tenu au courant des publications, recevoir le programme des événements de la saison (concerts, débats, expositions) ou pour être tenu au courant des mises à jour importantes de ce site, écrivez-nous un petit message
feedback@discographie.be

Aussi: si vous avez des textes publiés qui sont manquants sur le site envoyez-les nous!


©, termes et conditions
Les textes n'engagent que leurs auteurs. Tous droits de reproduction réservés pour tous pays, pas d'utilisation commerciale sauf autorisation écrite de l'auteur.
Site programmé par Gogdog.com
Janvier 2001-Mars 2010

la médiathèque