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La dernière tentation du disque...
oreille bouchée, écoute active
Pierre Hemptinne
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La musique est à l'origine liée à la fabrication et à l'apprentissage d'instruments de musiques. (=instrumentalisation des musiques intérieures pour démontrer que le 'beau' habite l'âme humaine...) Cela change avec la modernité. Les techniques de captation sonore et surtout de reproduction des sons peu à peu intercalent entre l'homme et ses instruments de musiques toutes sortes d'agents techniques qui vont modifier les musiques et les oreilles...
LE DISQUE ANTICHAMBRE du SAMPLING...
La musique aujourd'hui est de plus en plus assimilée à son mode de consommation le plus courant: le disque. Le disque a longtemps été considéré comme un 'produit fini', ultime. Jusqu'à ce que le disque et ses contenus, dans l'esprit de certains, deviennent délétère, rongés par les tentatives d'appropriations mentales!!! (on va s'expliquer!) Par exemple, on s'empare, par des procédés techniques, de la musique déjà enregistrée, on la considère comme un matériau brut, et on s'en sert pour créer une nouvelle musique. Une tendance qui déroute chez certains les habitudes d'écoute et les repères du 'musical'. Mais c'est une tendance captivante: elle aurait été inconcevable sans les progrès technologiques, sans les changements mentaux induits par les nouvelles manières d'écouter les musiques tout le temps et n'importe où, mais surtout sans les explorations du psychisme qui ont suivi la découverte de l'inconscient...
"... mais éloigne de moi ce sampling..."
Car quand on manipule des musiques enregistrées pour en extraire l'expression d'autre chose, on agit surtout sur les traces que ces musiques impriment en nous, dans le psychisme. On pratique le décryptage du code musical bien en-deçà des 'notes'... On prend en compte les charges sociales, culturelles, esthétiques qui lestent les formalisations musicales traditionnelles. Et on procède comme pour une introspection sonore!! Comme avec la méthode d'association d'idées on va travailler sur des associations de sons. Non plus le son du domaine purement musical, mais le son avec toutes ses répercussions mentales, affectives, tous ses reflets, tous ses inconscients... C'est aussi une histoire de digestion! Une 'belle oeuvre', une fois avalée, ressassée, digérée, n'a plus rien à voir avec sa beauté laborieusement construite selon les règles de la composition: elle se mêle à d'autres aliments déjà mâchés et décomposés, certaines saveurs surnagent, des arrières goûts émergent déterminés par une chimie affective personnelle, et finalement c'est une sorte de magma sonore qui transite dans notre imaginaire, entre fermentation et défécation...
Oreille bouchée, écoute active...
Le sampling est une sorte d'exercice critique, un espace de liberté... puisque pour sampler, il faut prendre le temps d'écouter tous les sons déjà avalés, il faut interrompre le flot continu de sons et de musiques 'sampler' c'est un peu recycler tous les sons que l'oreille est forcée d'avaler! C'est surtout renvoyer la balle vous avez déverser tout ça dans mes oreilles, voilà l'état dans lequel je vous le rends... C'est aussi, comme cela existe dans d'autres formes d'expression, pratiquer le collage, utiliser les déchets, ramasser des matériaux passes inaperçus, donc se concentrer sur le témoignage des choses dévaluées culturellement... Alors que l'oreille est sans cesse assaillie par le tumulte, par une quantité d'informations de plus en plus complexes et de plus en plus raides, le sampler se bouche les oreilles et prend le temps écouter, de réagir, de recréer à partir de toutes sortes de produits finis, déjà consommés, dont ils ramassent les emballages: les disques. C'est ce que fait Guy Clerbois dans la 'dernière tentation du disque'. II s'est emparé d'une collection de disques dont il nous donne l'identification. Il cite ses sources. Et il branche son sampler: cela donne un collage très cohérent, prenant et remplis d'anecdotes, avec trois grandes sortes de climats: soit on se retrouve dans des espèces de forges exaltantes où les sons sont transformés en amphétamines, soit tous les sons disjonctent, crépitent, agonisent comme des mouches autour de la rayure monstrueuse du grand microsillon inconscient, soit encore on se met à visionner des bandes-son assez comateuses...
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